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“La bio à poil” : une manifestation dans la Vienne

Après des années de négociations, la nouvelle Politique Agricole Commune (2021-2027) a été adoptée au niveau européen. Si elle n’est déjà pas pour satisfaire le monde paysan, les arbitrages du ministère de l’agriculture sur l’enveloppe dévolue à la France auraient pu permettre d’améliorer la situation. Mais les premières annonces de Julien Denormandie indiquent tout le contraire et provoquent un mécontentement légitime. Notamment pour les agriculteurs bio, déshabillés de 66 % de leurs aides, une perte moyenne de 130€/ha/an. Après un coup médiatique avec des photos dénudés pour dénoncer cette réforme qui les mettrait « à poil », ils organisaient une manifestation dans la Vienne ce mercredi 2 juin en réponse à un appel de la fédération national d’agriculture biologique soutenue par la confédération paysanne et la coordination rurale.

Producteurs et soutiens citoyens ainsi que plusieurs élus (député, conseiller régional) et candidats aux élections départementales (notamment les candidats de La Vienne en Transition) se sont réunis à la Ferme du Chant du Bois, chez Stéphane Moreau à Marçay, pour défendre l’agriculture biologique maltraitée par la nouvelle PAC.

Matthieu Rullier, maraîcher et président de Vienne Agrobio, énoncait : « En 2020, on compte 527 fermes bio dans la Vienne, ce qui représente 40 000ha (soit 9% de la Surface Agricole Utile du département). C’est en progression de 10 % par rapport à 2019, c’est en phase avec l’augmentation de la demande. Le gouvernement avait promis de créer une Prime pour Service Environnemental pour faire mieux que l’aide au maintien, mais ça n’existe plus dans l’arbitrage du gouvernement, on le prend comme un coup de couteau dans le dos. Cette nouvelle PAC remet le bio au niveau du conventionnel, il perd donc de son intérêt pour les agriculteurs. Le gouvernement dit qu’un « éco-régime » serait créé, mais sans contraintes réelles, et donc il n’y aurait pas d’intérêts pour les producteurs de s’ajouter volontairement des contraintes de production dans le but de la protection de l’environnement comme dans le bio. Malgré ses insuffisances, la dernière PAC accompagnait tout de même le développement de l’agriculture biologique. On craint maintenant que certains, renoncent, reviennent aux pratiques conventionnelles. Le ministre doit revoir sa copie. La PAC c’est 9 milliards d’€ pour la France, l’agriculture biologique c’est 10 % des surfaces, c’est donc 1 milliard minimum qui devrait revenir au bio ! ».

Aujourd’hui je fais du fromage bio, je le vends moins cher que dans la grande distribution et je gagne ma vie, et ça me va bien !

Les représentants syndicaux présents ont ensuite pris la parole et signalé que les premiers agriculteurs bio sont partis « seuls » à l’aventure, que devant les résultats la politique s’est mise à accompagner l’installation et le maintien en bio et fait maintenant machine arrière. Ils ont dit vouloir une PAC qui aide à la transformation du modèle agricole et non à son maintien en l’état.

Ils ont aussi dénoncé une distorsion de concurrence entre le bio et le conventionnel qui s’accentuerait avec la réforme et ont pointé la contradiction entre les orientations de la PAC et les objectifs gouvernementaux d’augmentation de la surface agricole en bio, les objectifs légaux d’alimentation bio dans la restauration collective et la demande des particuliers en forte hausse… Encouragée par les traités de libre-échange, la réponse à la demande sera faite par des produits importés dont le cahier des charges bio sera bien moins contrôlé qu’en France et dont l’impact environnemental serait fort à cause du transport. Ils s’inquiètent encore du flou qui serait introduit entre leurs produits et ceux issus des exploitations à « Haute Valeur Environnemental » (bien moins contraignante, utilisation d’engrais chimiques, pesticides, herbicides possibles).

Ils dénoncent plus globalement les agro-industriels et les très grandes exploitations, principaux bénéficiaires de la PAC et qui pèsent sur les choix gouvernementaux. Ils ont aussi avancé d’autres axes de travail pour le développement rural comme l’aide à l’installation des jeunes notamment pour l’accès au foncier (qui aujourd’hui revient bien souvent à l’agrandissement des très grandes exploitations) ou encore la structuration de filières locales pour la distribution et la transformation de leurs produits.

Plusieurs témoignages sont venus étayer les arguments en faveur du développement de l’agriculture biologique.

Damien (polyculteur – éleveur) : « Avant ma conversion au bio, je faisais attention mais je trouvais toujours des traces de produits chimiques sur mes légumes, ce n’est plus le cas. J’avais analysé l’eau de mon forage avant et après ma conversion, le taux de nitrates y a été réduit par 20. »

Stéphane (éleveur caprin – fromager) : « Comment je vais compenser le manque à gagner, en montant les prix de mes produits ? Je peux les monter de 20 % sans problème, je les vendrai, mais ça va faire du tri dans mes clients, ce n’est pas ce que je veux. Aujourd’hui je fais du fromage bio, je le vends moins cher que dans la grande distribution et je gagne ma vie, et ça me va bien ! ».

Hugo Blossier

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