25 Mars 2024 à Poitiers, les manifestant-es venues commémorer la seconde manifestation de Sainte-Soline jettent dans le Clain une marionnette à l’effigie de Gérald Darmanin qui avait déployé contre elles et eux un an plus tôt ce qui se fait de pire en violence et mensonge d’État.
25 Mars 2026, cette fois les manifestant-es décident qu’il est temps de remettre le même personnage au palais de justice, certain-es se défoulent alors de quelques jets de projectiles inoffensifs mais colorés. En effet, les preuves accablantes issues des caméras piétons des gendarmes et CRS, révélées publiquement par Mediapart et Libération, n’ont fait déclencher aucune procédure de justice contre les responsables du massacre. En revanche les porte-paroles des principales organisations qui avaient appelé à la manifestation ont été condamnés, une première pour la CGT depuis la libération, et d’autres procès contre les militant-es de la défense de l’eau sont à venir. L’ignoble ministre de l’intérieur est devenu ministre de la justice.
3 jours plus tôt, au Blanc-Mesnil comme dans quelques autres mairies remportées contre une droite extrémisée dont les mandats ont été d’une grande violence sociale, des électeur-ices font la fête, chantent la Marseillaise et s’autorisent quelques huées à destination du maire sortant.
À chacun de ces événements, on assiste aux cris d’effrois de la bourgeoisie dont les représentants politiques et les relais médiatiques s’indignent et réclament vengeance contre les foules barbares. La porte-parole de la manifestation du 25 mars 2024 avait même reçu une convocation au commissariat pour « injure publique, outrage à personne dépositaire de l’autorité publique et provocation au crime et délit ».
Mais ce genre de gestes populaires, plus ou moins maîtrisés, restent de l’ordre du carnaval, d’un moment d’outrance collective libératrice pour célébrer un soulagement, une colère issue d’injustices et de souffrances bien réelles, vécues dans la chair et le quotidien. Ceux qui les ont causées n’ont sûrement aucune conscience de tout cela. Ils se croient seulement perdants d’une alternance dans le petit jeu électoral ou simplement mis en cause par quelques empêcheurs de tourner rond certainement radicalisés. La bourgeoisie en général supporte de plus en plus mal d’être contredite, elle semble désormais refuser de perdre même quand c’est dans le respect des règles de sa démocratie.
La bourgeoisie en général supporte de plus en plus mal d’être contredite
On se souvient qu’il y a encore quelques années, le rapport de force permettait régulièrement aux salarié-es de retenir un patron rétif à la négociation pour quelques heures… la fameuse chemise du DRH d’Air France, arrachée en 2015 en s’extrayant d’un CSE de l’entreprise dans lequel il menaçait des milliers de personnes de licenciement, fût sûrement un des derniers exemples du genre. Les condamnations sévères qui furent prononcées par la justice, réclamées par le pouvoir Hollande-Valls, ont sûrement marqué un changement d’époque dans notre pays.
Les courageuses grévistes de l’Ehpad des Feuillants à Poitiers font face à une direction qui menace, refuse la négociation, obtient des réquisitions de personnel par le préfet et porte plainte contre les soutiens au mouvement. L’un de ses membres, aussi candidat héritier du Hollandisme à la mairie de Poitiers, semble ne pas supporter que son rôle soit exposé publiquement.
D’autres représentants locaux de cette « gauche », comme le président de l’association des maires ruraux du département tout juste élu président de Grand Châtellerault, osent se présenter, aux côtés des parlementaires de droite, contre les fermetures de classe… après avoir soutenu tous ensemble le budget de l’Etat qui a supprimé 4000 postes dans l’enseignement.
Ce genre d’artistes du “en même-temps”, au service de l’ordre bourgeois, devraient plutôt se faire tout petits et s’étonner de ne pas être eux-aussi accueillis par les huées des familles, des enseignant-es ou des soignant-es.
Les dominants devraient se réjouir que la population choisisse très raisonnablement de s’exprimer et d’agir dans le rapport de force par la voie électorale, la grève, quelques quolibets ou des gestes qui s’inscrivent dans une tradition carnavalesque. Railler et défier le pouvoir s’est largement pratiqué ainsi dans l’Histoire, de manière symboliquement cathartique plutôt que par de véritables jacqueries. Elles aussi fréquentes mais dont le peuple payait toujours chèrement le prix du sang.
Hugo Blossier,
membre de l’exécutif départemental

