Ancien chef de projet de la Villa Bloch, responsable de son volet patrimonial, Patrick Amand publie une biographie romancée de Jean-Richard Bloch. Une première pour cet intellectuel communiste ayant élu domicile à Poitiers.
La Vienne Démocratique : Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire cette biographie ?
Patrick Amand : La première motivation c’est l’injustice qu’est l’oubli de Jean-Richard Bloch de la mémoire collective : œuvre littéraire, essais, militant politique antifasciste… C’est une quasi amnésie. Travaillant sur lui depuis une dizaine d’années, j’avais suffisamment de matière pour cette biographie, romancée sur certaines parties, mais avec un souci de fidélité à sa mémoire.
La Vienne Démocratique : Vous décrivez bien son ancrage à Poitiers qui est lui aussi peu connu finalement des Poitevins.
Patrick Amand : Jean-Richard Bloch arrive à Poitiers comme professeur d’histoire géographie pour l’année scolaire 1908-1909. Il cesse d’enseigner au bout d’un an pour se consacrer à l’écriture et au journalisme. Il s’installe dans cette « capitale de l’Ouest » comme il la nomme dans ses livres et achète la Mérigote, qu’il occupe depuis deux ans, en 1913. Poitiers est bien un choix. Avec sa femme Maguite, ils louent un appartement à Paris, surtout pour les périodes d’hiver. Mais c’est à Poitiers qu’il se ressource et écrit. De 1929 à 1933, il ne quitte pas Poitiers : c’est la « solitude mérigotine », riche période de création. Mais la vie parisienne, les rencontres lui manquent. Poitiers-Paris c’est son équilibre. Puis l’histoire s’accélère avec la montée du fascisme. Le militant politique prend le dessus sur l’écrivain.

La Mérigote en 1912,
Fonds JR Bloch, Médiathèque F-Mitterrand, Grand Poitiers
La Vienne Démocratique : Justement, quel militant était-il ?
Patrick Amand : Il adhère aux idées socialistes très jeune. Il se retrouve secrétaire de la Fédération SFIO de la Vienne en 1909, délégué de la Vienne et de la Vendée au congrès de Nîmes en 1910. Il milite à Poitiers (notamment avec le professeur Albert Turpain) et sera vite taxé de « bolcheviste » en raison de ses prises de position en faveur de l’adhésion à la IIIe Internationale. Il adhère au Parti communiste au début 1921 et le fait savoir. Il ne reprend pas sa carte en 1925, non pas par désaccord, mais pour lui « la véritable force d’un écrivain réside dans son indépendance. » De plus, le PCF est dans sa période dite de « bolchevisation ». Mais je pense qu’il reste fondamentalement communiste jusqu’à son acte de réadhésion en mars 1939. La montée du nazisme, les accords de Munich achèvent cette période de compagnonnage. Et Maurice Thorez est un leader qui compte pour lui.
La Vienne Démocratique : Quatre-vingt-dix ans après le Front populaire, a-t-il eu un rôle important dans cette période ?
Patrick Amand : Oui ! Il est hyperactif tant à Poitiers qu’à Paris. Côté écriture, son essai Naissance d’une culture sert de repère à la politique culturelle du Front populaire, il crée le quotidien Ce soir avec Aragon en 1937. En 1935 et 1936, il anime des meetings à la Maison du Peuple (dont celui du 14 juillet 1935 qui lui vaut un procès du maire de Poitiers, dont l’Humanité se fera écho), aussi pour la défense de l’Espagne républicaine (avec Aragon en novembre 1936). Il se rend en Espagne, en juillet 1936, fonce chez Léon Blum pour le sommer d’aider le Frente Popular, rencontre Pierre Cot et Jean Moulin, publie Espagne, Espagne ! qui prophétise que quand Madrid tombera, Paris tombera ensuite. Il met sa santé en danger dans ce marathon de 1936-1937. Aujourd’hui son rôle et son activisme sont quasiment oubliés (y compris dans le dernier hors-série de l’Humanité sur le Front populaire !)
La Vienne Démocratique : Comment qualifieriez-vous Jean-Richard Bloch aujourd’hui ?
Patrick Amand : C’est un visionnaire, en littérature, journalisme, théâtre, y compris pour le cinéma naissant. Visionnaire politique – on dirait aujourd’hui un lanceur d’alerte – avec un combat antifasciste quotidien. Il a aussi une réflexion écologiste, avec une anecdote que je raconte dans mon livre, très en avance sur son temps. C’est également un grand curieux, attentif aux progrès techniques. Je dirais aussi que c’est un homme modeste, désintéressé des honneurs et de l’argent. Et puis, un fidèle en amitié, toujours prêt à accueillir la terre entière à la Mérigote, sa belle demeure poitevine qui l’enchantait…

