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Grève des salarié.e.s de l’animation : “Imaginez une journée”

Un nouvel appel à la grève national des salarié.e.s des métiers de l’animation et de l’éducation populaire est en cours notamment pour la revalorisation de ces métiers et l’amélioration des conditions de travail (tract à consulter ici). Plusieurs rassemblements dans la Vienne :  lundi 13 décembre devant la mairie de Poitiers, mardi 14 décembre devant la mairie de Châtellerault et mercredi 15 décembre à 12 h devant la salle de Carré Bleu dans le quartier des Couronneries.

Selon le Larousse, l’animation c’est « l ’Action de mettre de la vivacité, de l’entrain dans quelque chose », ces Synonymes sont « chaleur – entrain – exaltation – fougue », ses contraires « flegme – froideur – impassibilité – langueur ». C’est également « l’Ensemble des moyens et méthodes mis en œuvre pour faire participer activement les membres d’une collectivité à la vie du groupe ».

Le mot animation vient du terme latin « anima », qui signifie donner une âme, et du verbe actif latin

« animare », signifiant mouvoir, faire bouger.

L’animation, c’est accompagner nos enfants tout au long de la journée, dans tous les moments de vie de l’enfant. Les accompagner aux toilettes, et quand des accidents être là pour changer et nettoyer les enfants, les rassurer. C’est soigner les bobos, assurer au quotidien la sécurité physique de nos enfants, mais également cette sécurité morale et affective, si importante.

L’animation, c’est travailler autour des notions d’Emancipation, ce fait de grandir, de s’épanouir, de s’éveiller au monde, aux découvertes. C’est œuvrer et accompagner les enfants et adolescents dans la découverte culturelle, du cinéma au théâtre, de la peinture, de la littérature.

L’animation, c’est ne pas hésiter pas à enfiler les chasubles pour partir dans des parties endiablées de passes à 10, de jeux de ballons, de courses, de relais, en partageant des sensations, des émotions, des vexations de la défaite et des apprentissages de la victoire.

L’animation, c’est accueillir les enfants, notamment dans le cadre périscolaire, dans les moments où ils sont le plus fatigués, au moment du repas, et le soir, après une journée complète de concentration et de travail. Ce sont les moments où les enfants ont besoin de relâchement, de détente, de repos et où ils peuvent se retrouver entre eux, comme dans les temps de récréations. Et de là, dans ces temps libres, naissent les conflits entre eux, utiles à leur construction mais oh combien complexes à gérer !

L’animation, c’est partir en vacances. C’est être disponibles, 24h/24 pour que nos petits bambins voyagent dans des contrés merveilleuses à la campagne, à la montagne, à la mer, en ville, en assurant par la même, une nouvelle fois, toute la sécurité exigée, ainsi que tout ce qui va rythmer le séjour.

L’animation, c’est accueillir des enfants en situations de handicap, d’enfants du trouble du spectre autistique à des polyhandicapés. Cela se fait non sans craintes, ça demande des remises en questions, de surmonter ses peurs, ses doutes, ses craintes de mal faire ou de faire mal. Ce sont des compétences nouvelles à acquérir, un travail d’équipe décuplé, de nouveaux partenariats à créer, des suivis de situations individuelles.

L’animation, c’est être présent et disponible, trouver les bons mots lors des premiers émois amoureux, à l’entrée dans la sexualité, l’adolescente et les questionnements sur les futurs. Prendre le rôle de confident, d’oreilles. C’est répondre en direct à la colère des uns, devoir accompagner dans les projets de vie les autres, et participer physiquement aux activités sportives (et autant dire que face à des gaillards de 16 ans, il en faut de la condition physique !).

L’animation, c’est avoir des compétences scolaires, organisationnelles, de la curiosité, du recul, du sang-froid, de l’humour, de la répartie pour répondre au mieux aux besoins des jeunes.

Depuis de nombreuses années, la réglementation a évolué, l’accueil se veut de plus en plus exigeant, les savoirs demandés sont nombreux. Dans l’animation, le taux d’encadrement est le suivant : en extrascolaire (vacances) : 1 pour 8 enfants de moins de 6 ans, 1 pour 12 de moins de 12 ans ; en périscolaire : 1 animateur pour 10 enfants de moins de 6 ans et de 1 animateur pour 14 enfants de 6 ans ou plus. Cela comprend les temps d’accompagnement un aux toilettes, les temps de transmission les matins et soirs avec un parent, les temps de préparation du goûter, de rangement, du nettoyage des tables ou autres matériels pédagogiques, le tout fait en présence des enfants le plus souvent…sans évoquer les instants de pause où l’effectif reste le même, demandant une capacité d’adaptation et d’abnégation (c’est quelquefois le privilège, et durant les pauses le plus souvent on échange sur la situation du matin, le jeu de l’après-midi, etc…)

Ici et là, c’est le fonctionnement par des appels à projets à tout va, qui empêchent de voir sur le long terme, qui met en péril l’existence même d’un dispositif ou d’un accueil, qui rend impossible toute projection, tout recrutement pérenne.

Les animateurs sont confrontés également, comme leurs collègues du médico-social, du social ou de l’enseignement, à des situations de vie compliquées, et sont quelquefois au carrefour de tout ça, les yeux ouverts en grand sur le réel : séparations compliquées des familles, violence conjugale ou familiale, situation d’exode, de maltraitance, de sous-nutrition, d’analphabétisme, de pauvreté extrême.

Une merveille de contrat payé à la journée, pas de cotisations donc pas de protection.

Durant la période de confinement, certaines structures sont restées ouvertes pour assurer la continuité des soins, et la garde des enfants des personnels « prioritaires », être présents, disponibles, rassurant, … pour d’autres l’animation s’est transposée par le téléphone ou internet pour garder un lien avec les familles, proposer des activités aux enfants, avoir du temps d’écoute, voir même du soutien scolaire ou de l’accompagnement aux devoirs pour d’autres. L’animation c’est depuis 2020, être sans cesse en train de se réadapter, se réorganiser, revoir les objectifs, les fonctionnements, faire face à l’incompréhension et l’illogisme de certaines situations (du pain en portion individuelle à midi, mais à 16h du pain collectif…véridique).

Et bien sur la gestion des situations de covid positif, des animateurs ou des enfants, ou appel à l’ARS, la DDCS, l’organisme responsable, la gestion des enfants, des parents, des partenaires (nombreux), ne font que rallonger la journée (sans réelle forme de reconnaissance). Là aussi, faire face à la colère, l’incompréhension, la panique, les humeurs et difficultés des unes et des autres.

Et tout ça pour ?

Des journées à rallonge, commençant à 7h30 (voir plus tôt dans certains endroits du département), se terminant à 18h30, voir plus tard dans certains endroits du département, et être bien sur présent lors de retards… qui peuvent durer.

Et entre le matin, le midi et le soir ? rien, de longues pauses…pas payées, pas prévues pour organiser le travail, en réunion de préparation, en bilan, en préparation d’activité, en échange autour d’une situation compliquée, de l’organisation de l’équipe, de formation, etc…autant de temps à réfléchir pour améliorer l’activité et l’accueil de ses enfants. Il en va de même pour les périodes de vacances, où les temps de préparations sont réduits (le plus souvent, 1 journée par vacances). Mais découper, coller, préparer, réfléchir, décorer ça prend du temps et ça fait partie intégrante du travail !

Concrètement, les équipes sont sans cesse renouvelées, à chaque période de nouveaux animateurs, des nouvelles animatrices arrivent, il faut travailler et expliquer le fonctionnement, la pédagogie, l’organisation structurelle…et bien sûr accepter le temps nécessaire à chacun pour comprendre et s’adapter à la nouvelle mission, ainsi que le temps nécessaire à connaître enfants et parents.

Pour beaucoup les vacances et les mercredis sont rémunérés par un CEE, Contrat d’Engagement Educatif. Une merveille de contrat payé à la journée, pas de cotisations donc pas de protection. Le CEE s’élève gracieusement de 40€ net (voir moins) à 90 € net (rarement plus) … une fortune pour ces jeunes, et moins jeunes. Pour quelquefois 10h de travail par jour…faites le calcul : disons 55€/jour pour 10h de travail = 5.5 € de l’heure…. Et le smic est à ?… 10,48 euros brut…CQFD.

Pour d’autres plus chanceux, ce sont les contrat aidés, CAE, CUI, PEC, contrat d’apprentissage, etc. le plus souvent pas à temps complet, et s’il l’est, pour un salaire (ou une indemnité) défiant toute concurrence, 800 à 900€ par mois pour un 35h semaine.

Enfin, une fois ces contrats aidés finis, les structures ne sont pas en mesure de garder leurs salariés, pourtant formés, appréciés par les familles, connaissant le quartier, la ville, les enfants, les institutions et les partenaires, Et la boucle continue encore et encore, bref, un beau gâchis.

Et pour les quelques CDD et CDI, une convention collective qui ne reconnaît pas le travail, mettant au plus bas de l’échelon l’animateur de terrain, celui qui se confronte dans son quotidien au public, où l’on recrute des Bac + avec expérience pour 1200€ / mois, avec la responsabilité de groupes conséquents d’enfants et d’équipes importantes, où l’accompagnement des stagiaires est un devoir.

Les formations BAFA et BPJEPS ont un coût considérable, il n’est pas évident d’avoir le retour sur investissement d’un point de vue financier.

Nous pouvons aussi rajouter la fébrilité de certains employeurs, publics comme privés, qui recrutent en CEE ou CDD, voir en service civique, là où un vrai travail s’exerce, sur le long terme, depuis des années…

Ce travail est un travail utile, indispensable

Ce travail est un travail utile, indispensable, formateur, enrichissant. Quel bonheur de voir grandir les enfants, les voir rire, les voir apprendre et y être un peu pour quelque chose dans leur épanouissement!

Les animateurs aiment apporter aux enfants des expériences nouvelles, des rencontres, de l’ouverture. Leur rôle social est primordiale, ils accompagnent les enfants le matin, le midi, le soir, pendant les vacances, et ceci pendant plusieurs années…mais en ce moment la marmite explose. Du burn-out d’un animateur au sentiment de dégoût d’un autre, des ambitions ou des vocations jetées en l’air.

Il faut exiger la suppression du CEE, pour un vrai contrat, avec de vrais horaires, de vrais salaires, de vraies cotisations.

Les structures peinent à recruter pour les mercredis et les vacances, les communes ne trouvent pas assez d’animateurs formés pour complété leur équipe, ce qui emmène inexorablement à accueillir les enfants dans de mauvaises conditions, « jouant » avec la sécurité de tous. Certains accueils de loisirs sont obligés de réduire la capacité d’accueil, ce qui laisse des familles en difficulté. Les projets ne peuvent pas se mettre en place, des sorties sont annulées, la présence des enfants en situations de handicap remise en question du simple de fait de l’impossibilité de recruter.

Il faut exiger la suppression du CEE, pour un vrai contrat, avec de vrais horaires, de vrais salaires, de vraies cotisations.

Comme nos collègues AESH, aide-soignants, ne plus avoir des journées entrecoupées et optimiser ces temps pour de la réflexion, de la préparation… il y a temps de belles choses à concevoir.

Les syndicats et les animateurs demandent de travailler à 4 grands chantiers : « une réelle politique de l’État”, “un financement des associations”, “une reconnaissance réelle par les employeurs de tous les métiers de l’éducation populaire” et “l’amélioration des conditions et de l’organisation du travail”.

donner une place de choix à ces métiers du lien

Les animateurs ont besoin du soutien de la population, des parents, des partenaires. Ils sont précaires ou pauvres, un roulement des équipes est important dans ces métiers, la défense, la création d’un collectif est donc compliquée car beaucoup jettent l’éponge, abandonnent et ne peuvent pas lutter. On s’habitue à la pauvreté, « c’est comme ça, on ne changera pas ». Si, de plus, ce travail concerne les jeunes, et leur entrée dans le monde actif, ils n’ont pas les clés, pas les codes et ont besoin de ces 50€/ jour pour se nourrir, se loger, etc… le combat est donc inégal. Il est d’autant plus primordial de faire cause commune entre les « associatifs » et les « publics », les « permanents» et les «vacataires», les «perisco» et les « vacances », les urbains et les ruraux…pour faire vivre l’animation, pour donner une place de choix à ces métiers du lien.

Elvis Slowinski
Travailleur social, ancien animateur et directeur d’accueil de loisirs

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