La Vienne Démocratique publie ici un court reportage sur le mouvement de grève actuel qui secoue l’EHPAD des Feuillants (Ehpad privé à but lucratif).
“La Vienne Démocratique” : Pourquoi faites-vous grève ?
“Les grévistes” : Depuis 2020 nous constatons une stagnation des rémunérations : nous demandons des hausses de salaire pour faire face au coût de la vie (inflation) et pour acter une reconnaissance de notre travail qui est difficile.
Par exemple, la prime pour le travail du dimanche n’est que de 20€ alors que si l’on prend la moyenne des EHPAD publics en France, elle est de 60€.
A noter que selon la convention collective dont dépend les Feuillants, ces 20€ semblent aussi bien insuffisants.
La direction reçoit une prime de 500 € si l’établissement est rempli “correctement”. Ainsi, il y a une obsession pour ce taux de remplissage, à tel point que des personnes fragiles psychiquement sont admises (schizophrénie par exemple) alors qu’elles ne le devraient pas. Les Feuillants ne disposent pas d’unité fermée ¹. La structure n’est donc “pas adaptée” pour cette prise en charge ce qui entraine des conditions de travail et de vie dégradées.
RESIDENT EVIL
Plusieurs témoignages montrent que les résident-e-s sont en danger, les bâtiments ne sont pas adaptés et cela entraine des chutes évitables, le manque de reconnaissance et le nombre des personnels sont insuffisants.
Malgré les déclarations de François Blanchard, directeur adjoint, qui atteste un “taux d’encadrement des résident-e-s de 1 pour 8 ou 1 pour 10”, les grévistes affirment que : “la réalité tournerait plutôt aux alentours de 1 personnel qualifié pour 14 résident-e-s”. Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que les personnels soient insatisfait-es et les résident-e-s en danger. Ainsi, une dame en fauteuil est déjà tombée à cause de manque d’accessibilité et de son fauteuil inadapté.
Enfin, une partie du matériel serait défectueuse.
Des pratiques contestées sur les salaires et les primes.
Concernant les salaires, la prime Segur ² semble intégrée dans le calcul de base : ce qui est illégal.
Si quelques infirmières ont bien eu des augmentations ce n’est pas le cas des aides soignant-e-s ni d’ailleurs des ASH ³.
Il y a, pour l’instant, impossibilité manifeste de négocier le salaire.
Historique :
La 1ere grève a eu lieu du 24 février au 1er mars.
Au 1er jour de la grève, le 24 février, la directrice, de façon tragiquement absurde, annonce vouloir présenter “le bilan” de ses 2 ans et demi.
La 2eme grève a repris le lendemain des élections municipales.
Un mail avait été envoyé à la direction pour demander une réunion d’urgence mais celle ci a tardé à répondre (plus d’une semaine) confortant ainsi le mécontentement et motivant la poursuite du mouvement de grève.
Il est à noter que la direction parisienne du groupe se rend parfois sur place mais ses déplacements se font discrets et les élus du personnel disent regretter l’absence de prise de contact avec ce niveau d’instance.
Pendant la grève :
Une salariée en CDD a reçu en avance un virement correspondant à sa fin de contrat la veille d’être mise à la porte avant d’être réintégrée pour enfin ne plus l’être.
La direction avance que c’est un problème de ‘compta’.
L’établissement a également bloqué les accès aux fichiers d’inscriptions pour les heures supplémentaires, celui-ci fut rétablis après signalement par les grévistes sans plus de précision.
La cadre de santé a, pour une fois, enfilé la blouse pour tenter d’assurer le travail. On ne l’y reprendra plus, le travail semblait trop difficile : elle aurait déclaré qu’elle démissionnera.
Cette séquence montre la déconnexion entre la direction, les cadres et la réalité du travail vécue par les employé-e-s.
Les grévistes regrettent que “l’encadrement ne soit plus à l’écoute et pas assez soutenant”.
L’herbe est-elle plus verte ?
La directrice aurait dit aux grévistes : “vous pouvez toujours aller voir ailleurs”
“Négociations”
A la 1ère réunion de négociations, la direction ne s’est pas cachée de prioriser les investissements comme suit : d’abord le bâti, en dernier : les salaires.
“Je ne peux rien pour vous”
A la 2eme tentative de négociation, François Blanchard, directeur adjoint, déclare : “je ne peux rien pour vous“.
Pour la 3eme négociation : toujours avec François Blanchard, directeur adjoint, “Si je vous reçois ce n’est pas en tant qu’homme politique ni en tant que directeur”.
Finalement, Monsieur Blanchard, directeur adjoint et le reste de la direction semblent se “renvoyer la balle” pendant que les salarié.e.s en lutte perdent des journées de salaire.
Fin de non recevoir : répression syndicale et anti démocratique
L’élue syndicale des Feuillants nous indique avoir reçu de la direction un courrier avec accusé de réception : il s’agissait d’une “NON INVITATION” officielle au prochain CSE (recueil des doléances).
Ce mardi 24 mars, la direction porte plainte pour une vidéo de notre conseillère départementale qui soutient le mouvement et relaie les revendications des salarié-es.
Les réponses de la direction deviennent agressives : huissier, plainte, judiciarisation… le “dialogue social” semble passer par le harcèlement procédurier.
Dernièrement, les grévistes de Poitiers ont été rejoints dans leur lutte commune par ceux et celles de l’Ehpad de Château Garnier, eux aussi géré par le même groupe (Vivalto).
Soutenez les grévistes en alimentant la caisse de grève ici : https://www.leetchi.com/fr/c/greviste-ehpad-vivalto-86-3360997
Anne Sophie Stevens
¹ Les unités fermées sont destinées aux personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer ou de troubles cognitifs sévères. Pourtant aux Feuillants certain-es patient-es en auraient besoin.
² La prime Ségur est une prime exceptionnelle, versée en complément du salaire, et non une composante du salaire de base. Elle ne doit pas être incluse dans le calcul du salaire brut pour les droits sociaux (congés payés, retraite, etc.), ni être confondue avec le salaire contractuel.
³ ASH : Agent-e-s de Service Hospitalier


Excellent article. Mais Mr BLANCHARD bloque toujours les Négociations