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Fermeture du site de Michelin à Poitiers : “il est possible de maintenir l’activité sur le site de Poitiers”

Suite à l’annonce du groupe Michelin de fermer son site de Poitiers et de transférer son activité à Bourges la CGT appelait à un rassemblement devant le site Jeudi 23 juin. Ce site, qui est celui de l’usine fermée en 2006 après avoir obtenu le label de « meilleure usine poids lourd » du groupe en 2003. Il emploie aujourd’hui 42 salariés dont 26 en CDI pour une activité logistique et de montage de pneus poids-lourds et de rames de métros. Les militants syndicaux présents ont regretté de ne pas avoir pu échanger avec leurs collègues salariés du site concerné. Rencontre avec Michel Chevallier délégué syndical central, et Éric Rivault – ex délégué syndical et élu du personnel de l’usine de Poitiers.

Michel Chevallier : « Une grande partie des salariés ne pourront pas suivre, il y aura donc des licenciements. Depuis de nombreuses années, Michelin ferme des usines, des services, délocalise avec l’aide de l’argent public. On est ici pour dire qu’il est possible de maintenir l’activité sur le site de Poitiers et d’en implanter d’autres. C’est une volonté politique. Par exemple on sait que Michelin loue des espaces de stockage ailleurs, il y a tout ce qu’il faut sur ce site qui est fonctionnel, moderne et très bien situé par rapport aux axes routiers. Il y a donc des possibilités.

Les pouvoirs publics ont un rôle à jouer car Michelin touche beaucoup d’argent public et ce serait bien de contrôler comment est utilisé cet argent qui sert à délocaliser des productions et des services.

Michelin touche 28 millions de crédit d’impôt, il est exonéré de taxe foncière pour son centre de recherche à Clermont-Ferrand, ce qui représente 5 millions d’euros par ans. Il y  aussi les allègements de cotisations sociales pour les salaires inférieurs à 1,6 fois le SMIC, les collectivités locales qui mettent la main à la poche là ou il y a des sites. C’est pas exemple le cas de la place des Carmes aménagée par la collectivité pour le siège social de Michelin à Clermond-Ferrand… »

Des salarié·e·s Michelin rassemblé·e·s, devant le site Jeudi 23 juin à l’appel de la CGT

Éric Rivault « Michelin augmente son chiffre d’affaire de 16 % à hauteur de 24 milliards d’euros cette année, les ventes progressent. Tout va bien pour le groupe… pas pour les salariés. Un site comme celui-ci est moderne, Michelin a besoin de ce genre de site pour continuer d’alimenter les clients. Aujourd’hui l’ensemble des pneumatiques sont fabriqués à l’étranger. Dans le même temps il y a des délais pour se fournir certains pneus (par exemple il peut y avoir 4 mois de délai pour un pneu de moto). Quand le site industriel a fermé on avait prédit on avait dit que la logistique ne resterait pas à Poitiers. On voit qu’on avait raison. Ce site a produit 15 millions de pneus poids-lourds, celui de la Roche-sur-Yon fermé aussi était équivalent, et celui de Tours qui devait soit-disant être le pôle européen du pneu poids-lourd a fermé 7 ans après celui de Poitiers. Cette stratégie est bien celle de Michelin depuis 20 ans comme nous l’avions dénoncé en 2006 : dans un contexte de globalisation supprimer les « petites » unités pour ne plus avoir que des gros sites qui concentrent les productions Michelin. C’est catastrophique pour l’emploi et à contre-sens de ce qu’il faudrait faire pour la capacité industrielle et pour diminuer les transports. »

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