Agriculture Écologie PCF

“Bassines” : remettre en cause les objectifs des industries agro-alimentaires

Les communistes de la Vienne suivent et travaillent le dossier des retenues de substitution agricoles (plus connues désormais sous le nom de “bassines”) depuis 2015, notamment par l’intermédiaire de leur élu Laurent Lucaud, Vice-Président de Grand Poitiers délégué à l’eau et l’assainissement mais aussi par leur lien avec le collectif Bassines Non Merci – Eau Bien Commun 86.

Déficit structurel et conflits d’usages, des réponses pas à la hauteur

Commençons pas répondre à la question qui fait l’actualité, celle que l’État pose à ceux qui ont participé à la concertation, c’est à dire de valider ou non le “protocole d’accord”, autrement dit la construction de retenues de ce type, à ces endroits, pour ces usages bref… dans ces conditions. Les élu.e.s communistes ont eu l’occasion de s’exprimer au conseil communautaire de Grand Poitiers comme au conseil départemental et leur réponse, sur laquelle s’accorde désormais Grand Poitiers, l’Etablissement Public Territorial de Bassin, Eaux de Vienne, les comités de bassin Clain Sud et Clain Aval est claire : dans ces conditions, nous ne pouvons apporter notre signature et appelons à de nouvelles discussions, le texte étant insuffisant à la vue des enjeux et de l’intérêt général.

L’autre question, c’est celle bien plus large et sous-jacente du déficit hydrique structurel sur ce territoire vis à vis des différents usages actuels de l’eau… Ce qui pousse à regarder les choses dans leur ensemble et à s’intéresser aussi à la qualité de l’eau.

Il y a donc des choses à changer et c’est du côté de l’usage agricole qu’il y a un levier important. C’est même pour cela que les irrigants, bien avisés du problème de quantité et du conflit entre usages de l’eau, ont mis ce projet sur la table. L’irrigation étant heureusement déjà limitée.

Les producteurs d’eau potable (et leurs usagers) voient bien, eux, les pollutions de l’agriculture industrielle qu’ils doivent alors compenser (par de nouvelles usines coûteuses…).

Ne négligeons pas non plus qu’il faut de l’eau pour les écosystèmes et leur biodiversité.

Enfin prenons en compte les projections de l’impact du changement climatique, qui semblent dessiner pour notre territoire des sécheresses plus fréquentes et plus longues (y compris l’hiver), des précipitations plus regroupées dans le temps et sûrement une diminution de l’écoulement d’eau (notamment à cause de l’augmentation de l’évaporation).

On voit bien alors que nous sommes face à un problème global, complexe. Si l’on attend beaucoup de l’agriculture c’est parce qu’on connaît les impacts du modèle actuel et qu’on voit aussi les progrès déterminants qui viendraient de sa mutation.

Des risques et des possibles

En regardant les données du problème sans a priori manichéen, deux choses nous sont apparues.

Ce qui saute aux yeux ce sont les risques et les objectifs du projet initial des irrigants, justement dénoncés par les militants et associations de protection de l’environnement.

Ce qui est moins flagrant, c’est le potentiel transformateur de la discussion qui s’est ouverte, de mettre tout le monde autour de la table, d’aller vers une toute autre gestion de l’eau en prenant en compte les besoins des différents usages, de faire prendre des engagements en ce sens, d’avoir les moyens de les faire respecter… et que cela s’impose donc à la gestion des entreprises agricoles, que cela aide à un bon en avant considérable dans leur changement de modèle de production. Finalement, faire intervenir la démocratie, les intérêts de la population sur les choix de gestion des entreprises : ce qu’on produit, pourquoi et comment on le produit, c’est ce dont les communistes rêvent pour toutes les entreprises plutôt que de laisser ces choix aux seuls capitalistes et leur unique objectif d’accroissement du taux de profit (en agriculture les plus forts taux de profits sont obtenus pour des systèmes qui épuisent les ressources sans les renouveler).

Nous avons donc voulu pousser les contradictions, senti qu’il ne fallait pas laisser passer ce train.

Il y avait la solution de le regarder passer en applaudissant ou en silence… c’est ce qui s’est passé en Deux-Sèvres : bien loin de régler des problèmes, les retenues risquent fort d’en accentuer…

Il y avait aussi la solution de tenter de le faire arrêter, ce qui a l’avantage de freiner mais risque de ne pas l’arrêter et quand bien même… un arrêt, a l’avantage certain de se prémunir des risques mais l’immense désavantage de ne rien changer à la situation actuelle… pourtant il y a urgence à la transformation, tout le monde s’accorde là dessus !

On ne peut pas se permettre de remettre la mutation à plus tard, les transformations sont trop profondes et urgentes, chaque année de perdue est un drame et on ne peut pas non plus se satisfaire de changements à la marge. Il faut donc aller sur deux fronts : freiner mais aussi faire changer de direction.

Une gestion publique de l’eau au service d’un projet de territoire

Rappelons-le, ce projet est initialement celui des irrigants, nous préférerions avoir le choix d’utiliser les fonds autrement mais soyons clairs, ce n’est pas du domaine du possible, la situation, le rapport de force ne nous le permettent pas. Quoique, si l’on regarde le projet de départ et celui proposé actuellement, on est déjà plus tout à fait dans la même utilisation de l’argent.

Des garde-fous importants ont été obtenus dans la négociation et ont été inscrits dans le protocole. La délibération adoptée par Grand Poitiers en fait état. Comme les questions vont se poser dans des termes assez semblables partout en France et que l’ex-Poitou Charentes tient en quelques sortes liee de laboratoire, cela donne une valeur supplémentaire aux résistances et au travail politique déjà accompli. Mais il faut donc continuer d’œuvrer, pour aller à un véritable projet de territoire (le protocole propose un projet d’irrigation, qui n’engage que les irrigants raccordés) comprenant des exigences très fortes :

En matière d’économies d’eau (attendre et tenir compte de l’étude HMUC, relever les seuils d’étiage, obtenir les garanties d’une véritable substitution et d’un partage équitable de l’eau) ;

-De qualité de l’eau (notamment par la réduction importante des intrants, par des moyens d’accompagnement et de contrôle à la hauteur) ;

-De biodiversité (l’impact doit être réellement positif) ;

-Pour l’alimentation (pousser à des productions plus saines, permettre d’installer des productions maraîchères, des vergers, des élevages non industriels à proximité des bassins de vie), ce qui peut et qui doit aussi être bon pour l’emploi.

L’eau est aussi une ressource qui sert à l’industrie (cruciale pour la production d’énergie notamment).

Tout cela conforte l’objectif d’aller vers une gestion publique de l’eau, ce qui n’est pas du tout le cas actuellement et ce sur quoi des premiers gages ont été obtenus.

Le nœud du problème

Enfin, il faut soulever la question que personne ne semble vouloir soulever et qui est pourtant cruciale.

Nous voulons, à raison, demander des changements importants à une grande partie des agriculteurs, on veut qu’ils s’y engagent réellement, mais n’oublions pas qu’ils sont des chefs d’entreprises dans un monde capitaliste, ils sont à la merci du marché, des banques, de filières de l’agro-industrie extrêmement financiarisées… Avec souvent des centaines de milliers d’euros, voir des millions d’euros de crédit à rembourser, s’ils doivent prévoir des rendements à la baisse, qu’on leur demande de produire autre chose, autrement, mais que les coopératives et négoces refusent d’acheter ces produits ou bien proposent des prix indécents… on voit bien le choix inéluctable qui sera fait. En d’autres termes, on doit leur demander de changer mais il est difficile de leur demander de couler leurs entreprises. Le principal nœud du problème est là.

À moins de disposer de tout autres pouvoirs, ce qui malheureusement n’est pas tout à fait à l’ordre du jour, les possibilités réglementaires, incitatives et d’accompagnement que devraient contenir un projet de territoire seront déterminantes.

Remettre en cause les objectifs des industries agro-alimentaires est indispensable, il y a pour cela besoin de l’action convergente de toutes les forces : les collectivités, le mouvement social, les citoyens, les associations de protection de l’environnement mais aussi les agriculteurs et l’état ! C’est ce à quoi les communistes de la Vienne s’emploient.

Hugo Blossier

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